Épisode #72

Elsa Woeffler : « Ce qui me rassurait m’empoisonnait », le déclic entrepreneurial d’une attachée de presse de 21 ans

Nicolas Drolo Par Nicolas Drolo
• 72 min • 19 Oct. 2026

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Elsa Woeffler : « Ce qui me rassurait m’empoisonnait », le déclic entrepreneurial d’une attachée de presse de 21 ans

On lui avait vendu le CDI comme une sécurité. Elle y a trouvé des réveils à 4 heures du matin, des tâches de directrice payées comme une junior, et l’envie de pleurer sur le quai de la gare. À 21 ans, sans poste salarié en vue à Strasbourg, Elsa Woeffler a créé son agence de relations presse. Trois ans plus tard, elle ne reviendrait en arrière pour rien au monde.

En bref

  • Qui : Elsa Woeffler, 25 ans, attachée de presse, ancienne journaliste, fondatrice de son agence de relations presse à Strasbourg.
  • Le déclic : une conversation un vendredi après-midi de mai, sur une passerelle du Parlement européen, avec deux attachées de presse.
  • La bascule : aucun CDI trouvé à Strasbourg, alors elle crée sa microentreprise un jour de janvier. Elle a trouvé sa première collaboratrice deux semaines plus tard, avant même d’avoir son numéro SIRET.
  • Sa différence : trois offres construites à partir de ses appels prospects, un forfait mensuel au lieu du TJM, et un espace client transparent sur Google Drive.
  • Son erreur : avoir délégué sa prospection trop tôt à un commercial freelance.
  • Son conseil : « Fais-toi confiance. La vie a toujours un super plan pour toi. Prends ce qui vient, sois opportuniste. »

Le parcours d’Elsa Woeffler, du 20 h de TF1 à sa propre agence RP

Une vocation soufflée par son père. Petite, Elsa regarde le journal de 20 h de TF1 sur le canapé avec son papa. À 6 ans, elle connaît déjà le nom des hommes politiques et des présentateurs. Son père lui répète qu’elle sera journaliste. Elle commence pourtant par une faculté de droit à Strasbourg, qui ne lui convient pas.

L’école de journalisme, faute de mieux, puis par conviction. « J’ai plus fait confiance aux autres qu’en moi-même », avoue-t-elle. Elle réussit le concours d’une école de journalisme et y passe trois ans. Elle découvre la difficulté des directs télé et reconnaît qu’à la radio elle était « vraiment nulle ». La presse écrite devient sa voie.

Le mur du marché. Diplômée en avril, elle ne trouve pas de poste payé. Elle écrit bénévolement pour un média européen et couvre les sessions plénières du Parlement européen. C’est « une case obligée pour se faire un réseau », dans un métier qu’elle juge « payé au lance-pierre » et « pas assez reconnu ».

L’effet papillon. Un vendredi de mai, sur une passerelle du Parlement, elle demande à deux attachées de presse ce qu’elles apportent de plus qu’une chargée de communication. Leur réponse est une révélation. Elle fait un stage dans une agence RP strasbourgeoise, puis décroche un CDI dans une agence parisienne en restant vivre à Strasbourg.

La goutte d’eau. Elle finit par tout faire, jusqu’aux recommandations stratégiques normalement réservées à une directrice de clientèle, pour un salaire de junior. Puis vient le déclic : « Tout ce que je fais là, je peux le faire pour moi-même. » Elle cherche un CDI à Strasbourg, ne trouve rien et crée sa microentreprise.

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Les citations d’Elsa Woeffler à retenir

« Toute ta vie, tu as cru que tu aimais la stabilité et que ça te rassurait. En fait, ce qui me rassurait m’empoisonnait aussi. »

« J’avais plus le choix. Je me suis dit : je préfère faire ça plutôt que rien. »

« J’ai 21 ans. Si ça marche pas, tant pis. Je n’ai pas de maison à payer, pas de voiture à payer. »

« Si j’y pense, c’est que ça m’intéresse. Donc on y va. »

« On a une obligation de moyens, comme les avocats, mais pas de résultat. »

« J’ai copié-collé le modèle que j’ai connu en agence dans ma propre agence. Je n’ai rien inventé. »

« L’entrepreneuriat, c’est tâtonner, essayer, et surtout apprendre de nos erreurs. »

Et la réplique de Nicolas qui résume l’épisode : « La chance, c’est quand tu es sur ton canapé devant Netflix et que le téléphone sonne. Toi, tu as envoyé des dizaines de mails. On provoque sa chance. »

Ses 6 préceptes pour réussir son déclic entrepreneurial

  1. Mener une enquête d’une semaine avant de sauter. Elsa a interrogé des attachées de presse freelances sur LinkedIn : le métier est-il transposable à son compte ? Y a-t-il de la place ? Comment trouve-t-on des clients ? Une semaine, puis « on fait sauter tous les cadenas ».
  2. Se lancer quand on a peu à perdre. À 21 ans, sans crédit immobilier ni personne à charge, le risque lui semblait plus faible qu’à 30 ans.
  3. Commencer en renfort d’agences. Conseillée par des freelances, elle propose son profil aux agences qui ont besoin de bras sur des missions ponctuelles. Plus de 50 agences contactées par mail, dans toute la France.
  4. Construire ses offres à partir des appels prospects. Elle est partie sans offre. À chaque appel, signé ou non, elle a noté les besoins communs, jusqu’à en tirer trois offres qu’elle propose encore aujourd’hui.
  5. Vendre un forfait, pas des journées. Là où la plupart des freelances facturent au TJM, elle facture au forfait mensuel. Ses relations presse sont entièrement externalisées, de la stratégie au reporting. Ce format lui permet aussi de justifier sa valeur, elle qui « n’arrivait pas à se donner un prix ».
  6. Rendre son travail visible. Un espace client sur Google Drive, en lecture seule. On y trouve les contrats, la banque d’images, les actions presse, le reporting et les retombées en PDF. C’est sa plus grande fierté, et l’argument qui lui a fait signer de nombreux prospects.
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Les erreurs d’Elsa et ce qu’elle en a appris

Déléguer la prospection trop tôt. Ne sachant pas se vendre, elle confie sa prospection à un commercial freelance. Il ne prend pas le temps de comprendre son métier, puis disparaît du jour au lendemain. Elle y perd beaucoup d’argent. Trois ans après, elle prospecte toujours elle-même : « Il ne faut pas se précipiter. Tout vient à point. »

Croire qu’on n’est pas légitime. « Pourquoi mes clients devraient me choisir moi plutôt qu’une autre ? Si on me posait cette question, j’étais incapable de répondre. » La réponse est venue de son passé de journaliste : elle sait exactement quel angle un journaliste attend.

Passer ses rendez-vous à expliquer son métier. Ses premiers appels prospects duraient plus d’une heure, rien que pour expliquer ce qu’est une attachée de presse. L’éducation du client fait partie du travail, mais une offre claire raccourcit le chemin.

Elle refuse pourtant de parler d’échec : « Toutes mes erreurs m’ont menée là où j’en suis aujourd’hui. »

Ses conseils pour les porteurs de projet et les salariés qui rêvent de se lancer

  • Parlez à ceux qui font déjà le métier. Une conversation dans un couloir lui a ouvert une carrière. Des freelances inconnues sur LinkedIn lui ont donné sa stratégie de départ.
  • Gardez de la discipline. Seule, sans salarié, elle a reproduit sa journée d’agence : veille, mails, rituels identiques. « Je ne me suis jamais posée devant mon bureau à me demander ce que je fais aujourd’hui. »
  • Investissez dans vos outils. Logiciel de veille, base de données de journalistes, base de podcasts et de newsletters : c’est d’ailleurs comme ça qu’elle a trouvé Renacast. Tout ce qui fait gagner du temps profite au client.
  • Respectez ceux que vous sollicitez. Journaliste, elle a subi des relances qu’elle vivait « parfois comme du harcèlement ». Attachée de presse, elle limite volontairement ses relances téléphoniques.
  • Choisissez un statut simple. La microentreprise lui a permis de démarrer sans injecter d’argent. Attachée de presse, elle est régie par le Code de Lisbonne et ne peut plus écrire d’articles.

Relations presse ou publicité : la différence expliquée par une attachée de presse

Dans la publicité, l’entreprise paie pour un message qu’elle contrôle entièrement. Dans les relations presse, elle confie son actualité à un journaliste, qui reste libre d’écrire ce qu’il veut, en bien comme en mal. Le travail de l’attachée de presse consiste à construire la stratégie, trouver l’angle, cibler les bons journalistes et briefer le client. Et jamais de facturation à la retombée : c’est interdit.

Le livre recommandé par Elsa Woeffler

Le Garçon en pyjama rayé, de John Boyne, qu’elle a relu quatre fois, dans la lignée des témoignages de Primo Levi qu’elle cite aussi. Passionnée par la Seconde Guerre mondiale, elle y trouve « des histoires de vie qui permettent de comprendre le monde différemment ». Nicolas y voit une leçon de résilience : sans comparer l’incomparable, ces récits montrent comment des épreuves peuvent faire grandir.

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Si elle pouvait parler à l’Elsa d’il y a quatre ans

Dans la DeLorean de Retour vers le futur, Elsa retrouverait la jeune salariée du train Strasbourg–Paris de 6 h. Elle lui dirait : « Ne lâche pas. Fais confiance au processus, et surtout fais-toi confiance. La vie a toujours un super plan pour toi. Prends ce qui vient, sois opportuniste, et tout va bien se passer. »

FAQ

Qui est Elsa Woeffler ? Elsa Woeffler est une attachée de presse de 25 ans basée à Strasbourg. Ancienne journaliste, elle a fondé son agence de relations presse à 21 ans, après un CDI dans une agence parisienne.

Comment devenir attachée de presse freelance ? Elsa conseille de commencer en renfort d’agences sur des missions ponctuelles, de prospecter largement par mail et de construire ses offres à partir des besoins entendus lors des appels prospects. La microentreprise permet de démarrer sans capital.

Peut-on payer une attachée de presse au résultat ? Non. Une attachée de presse a une obligation de moyens, pas de résultat, et la facturation à la retombée est interdite. Elsa facture un forfait mensuel et rend son travail visible dans un espace client partagé.

Quelle est la différence entre relations presse et publicité ? La publicité est un message payé et contrôlé par l’annonceur. Les relations presse proposent une actualité à des journalistes, qui restent libres de leur traitement.

Comment savoir si c’est le bon moment pour quitter son CDI ? Pour Elsa, le déclic est venu quand ce qui la rassurait a commencé à l’épuiser, et quand elle a compris qu’elle pouvait faire pour elle-même ce qu’elle faisait pour son employeur. Elle recommande une enquête d’une semaine auprès de personnes qui exercent déjà le métier.

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Maillage interne suggéré : l’épisode de son client (quand il sera publié), un épisode reconversion, un épisode sur la prospection.

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