Vous êtes face à eux. Ce premier investisseur qui peut changer la trajectoire de votre boîte. Ce talent que vous devez débaucher pour construire votre équipe. Ce client stratégique qui peut signer le contrat de l’année.
Le projet est solide, le deck est parfait, mais tout ça, c’est du papier. L’instant de vérité, c’est maintenant. C’est votre voix qui doit porter la vision, votre ton qui doit insuffler la confiance, vos mots qui doivent transformer une idée en une entreprise financée.
C’est là que tout se joue. Dans la capacité d’un homme ou d’une femme à convaincre, non pas avec des slides, mais avec la force de sa parole.
Le constat est brutal. Comme le dit l’avocat et auteur de “La parole est un sport de combat,” Bertrand Périer, expert de l’éloquence : « Dis-moi comment tu parles, je te dirai qui tu es. » Quand vous rencontrez un investisseur pour la première fois, il vous classe en 7 mots. Sept. Mots.
Alors, on fait quoi ? On subit ou on passe à l’action ?
Inspiré par les leçons cash de Bertrand Périer, voici le guide Renacast pour affûter votre meilleur outil : votre voix.
Oubliez la perfection, visez la connexion
Le premier bug de l’entrepreneur, c’est de vouloir être parfait. On a un rapport à la parole qui est de l’ordre de la punition. On veut le discours parfait, le pitch parfait, la réponse parfaite.
C’est ce que Périer appelle un « rapport sadomaso » à la parole. On se met une pression monstre, et pour se protéger, on fait comme les poulpes : on jette de l’encre. On balance un jargon technique, on parle vite, on se cache derrière des slides.
La solution ? Faites le deuil de la perfection. Votre auditoire ne veut pas d’un robot qui récite. Il veut sentir votre conviction, votre énergie. Votre but n’est pas de ne faire aucune erreur, mais de créer une connexion.
Une parole vivante, même avec ses imperfections, sera toujours plus convaincante qu’un discours lisse et sans âme.
La règle d’or : ayez pitié de ceux qui vous écoutent
C’est la phrase la plus importante que vous lirez aujourd’hui. « Parler, c’est d’abord avoir pitié de ceux qui t’écoutent. »
En tant qu’entrepreneur, ça veut dire quoi ?
- Arrêtez les « tunnels » : Ne noyez pas votre interlocuteur sous des détails techniques interminables.
- Soyez clair : Si votre grand-mère ne comprend pas ce que fait votre boîte, c’est que vous l’expliquez mal.
- Montrez votre envie : Si vous n’avez pas l’air passionné par votre propre projet, pourquoi quelqu’un d’autre le serait ? Comme le dit Périer, « Si tu ne manifestes pas physiquement ton envie de parler, ça ne marchera pas. » Tenez-vous droit, regardez les gens, mettez de l’énergie dans votre voix.
Respectez le temps et l’intelligence de votre auditoire. C’est la base de toute conviction.
Le hack ultime : les 5 mots que vous devez bannir de votre vocabulaire
Voici un conseil simple, concret, et redoutablement efficace pour rendre votre discours 10 fois plus puissant. Éliminez ces 5 verbes passe-partout. Pour chacun, il y a toujours un mot plus précis, plus fort.
- ❌ Être : Ne dites plus « Notre solution est innovante. » Dites : « Notre solution représente une rupture technologique. »
- ❌ Avoir : Ne dites plus « On a 50 clients. » Dites : « Nous accompagnons 50 clients. » ou « Nous comptons 50 clients parmi nos partenaires. »
- ❌ Dire : Ne dites plus « Je veux vous dire que notre marché est énorme. » Dites : « Permettez-moi de vous démontrer l’immensité de notre marché. »
- ❌ Faire : Ne dites plus « On fait des logiciels. » Dites : « Nous concevons des logiciels. » ou « Nous des logiciels. »
- ❌ Mettre : Ne dites plus « On va développonsmettre en place une nouvelle stratégie. » Dites : « Nous allons déployer une nouvelle stratégie. »
Ce simple exercice vous forcera à clarifier votre pensée et à choisir des mots qui ont un réel impact.
La préparation, c’est la clé (mais pas celle que vous croyez)
« Personne n’est capable de générer spontanément une bonne formule. » L’improvisation totale est un mythe. Les meilleurs orateurs, les meilleurs pitcheurs, se préparent.
Mais attention, se préparer ne veut PAS dire apprendre un texte par cœur. C’est le meilleur moyen de paniquer au premier trou de mémoire.
La vraie préparation, c’est de structurer sa pensée. Pensez comme un pilote de Formule 1 qui prépare sa course :
- Vous connaissez le départ arrêté (votre accroche).
- Vous connaissez le drapeau à damier (votre conclusion, votre « call to action »).
- Entre les deux, vous connaissez vos arrêts aux stands planifiés, les courbes, les accélérations (vos 3 arguments clés, votre démo, la présentation de l’équipe).
Votre chemin pour relier les portes peut être flexible, s’adapter à une question, à une réaction du public. Mais vous savez toujours où vous allez. Cette structure vous donne une confiance immense et libère votre esprit pour être vraiment présent et convaincant.
Passez à l’action : votre salle de sport oratoire avec « « a chronique radio »
Assez de théorie. La parole est un muscle. Voici l’exercice exact, simple et surpuissant, proposé par Bertrand Périer lors de son épisode de GDIY pour vous transformer en un orateur agile et structuré.
Le concept : chaque jour, vous êtes chroniqueur radio.
- Le déclencheur : choisissezun fait qui vous a marqué dans l’actualité de votre secteur, un article que vous avez lu, un échange avec un client, un problème que vous avez résolu… n’importe quoi qui suscite une réaction chez vous.
- L’enregistrement : lancez le mémo vocal de votre téléphone.
- La structure en 3 temps : votre chronique doit suivre ce plan redoutable :
- Raconter (Narration) : D’abord, exposez les faits. « Hier, j’ai lu que telle entreprise venait de lever 50 millions… »
- Analyser (Mise en perspective) : Mettez en contexte. « Ce qui est intéressant, c’est que cela confirme la tendance de fond sur le marché X… »
- Argumenter (Votre avis) : Donnez votre opinion, votre « take » d’entrepreneur. « Pour moi, cela signifie que nous devons absolument accélérer sur… » ou « Je pense que c’est une erreur car… »
- La progression : c’est là que la magie opère. Il y a deux axes de progression simultanés :
- Le temps : commencez par une chronique de 30 secondes. Puis passez à 1 minute, puis 2, puis 3.
- L’écriture : Au début, écrivez votre texte entièrement. Puis, la fois suivante, n’écrivez que des phrases clés. Puis, plus tard, juste des mots-clés. L’objectif est de pouvoir tenir 3 minutes de discours structuré avec seulement 3 ou 4 mots sur un post-it.
- Le juge de paix : réécoutez-vous. Soyez honnête. Analysez ce qui fonctionne et ce qui est à améliorer.
- (Bonus) Le partenaire d’entraînement : Contractualisez avec un autre entrepreneur. Envoyez-vous votre chronique chaque jour sur WhatsApp. Rien de tel que l’engagement pour tenir sur la durée.
Cet exercice vous apprendra à structurer votre pensée à la volée, à argumenter de manière claire, et à vous détacher de vos notes. En un mot : à devenir libre et convaincant.
Votre parole est un actif stratégique. C’est l’outil qui transformera votre vision en contrats signés, en levées de fonds réussies et en équipes mobilisées.
Alors, arrêtez de la subir. Travaillez-la. Affûtez-la.
Le jeu en vaut la chandelle. La parole, ça change une vie. Et pour vous, entrepreneur, ça peut changer une boîte.
