Épisode #52

Cactus Lock : Comment Aiko Leroux a révolutionné la sécurité vélo (et ses secrets d’entrepreneuse)

Nicolas Drolo Par Nicolas Drolo
82 min 11 Mai. 2026

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Cactus Lock : Comment Aiko Leroux a révolutionné la sécurité vélo (et ses secrets d’entrepreneuse)

Imaginez la scène : vous sortez d’un rendez-vous à Lyon, l’esprit léger. Vous vous dirigez vers l’endroit où vous avez garé votre vélo électrique, votre outil de liberté à 1500 €. Et là, le vide. Juste un morceau de métal sectionné au sol.

C’est ce sentiment de rage et d’impuissance qui a frappé Aiko Leroux, étudiante ingénieure. Mais là où beaucoup auraient simplement racheté un antivol, elle a fait un pari fou : innover pour résister. Aujourd’hui, elle est à la tête de Cactus Lock, une start-up qui bouscule les codes de la sécurité cycliste avec une innovation radicale : un antivol qui libère une odeur de cadavre s’il est sectionné.

Pourquoi l’industrie de la sécurité vélo stagne-t-elle ?

Aiko est partie d’un constat froid et mathématique. Malgré des décennies d’évolution, les performances de protection ne s’améliorent pas. En moyenne, il suffit de 30 secondes pour voler un vélo, et 84 % des tentatives de vol aboutissent.

En tant qu’ingénieure chimiste, elle a compris que la course à l’acier le plus dur était perdue d’avance. Un matériau « incoupable » n’existe pas industriellement, car tout ce qui est fabriqué doit pouvoir être usiné. Elle a donc décidé de changer de cible : au lieu de s’attaquer à l’outil du voleur (la disqueuse), elle s’attaque à l’humain qui le tient en utilisant la putrescine, la molécule de la putréfaction.

« Le cerveau ne réfléchit pas, le corps agit sans demander la permission. C’est l’instinct de survie : face à cette odeur, le voleur recule par réflexe. » Aiko Leroux

Comment trouver ses premiers clients : La stratégie du « Cookie »

L’une des plus grandes leçons d’Aiko est son approche sans filtre du marketing de terrain. Pour elle, rester derrière un ordinateur pour « imaginer » son marché est le piège n°1 du débutant : on finit par concevoir une solution pour soi-même au lieu de répondre à un besoin réel. Elle a donc cassé ce confort numérique en utilisant une méthode aussi audacieuse qu’humaine dans les pentes de Lyon :

  • Le point de contact stratégique : Au lieu de courir après les passants, elle s’est installée dans une montée particulièrement raide. Là, les cyclistes, essoufflés et lents, ne peuvent ni accélérer pour l’éviter, ni faire demi-tour facilement. C’est l’art de choisir le bon moment où l’attention est disponible, car l’usager est physiquement contraint de ralentir, ce qui facilite l’approche.
  • La convivialité comme levier psychologique : Munie d’une boîte de cookies et de chocolat chaud, elle transformait une interruption impromptue en un moment de partage chaleureux en plein hiver. En offrant avant de demander quoi que ce soit, elle utilisait inconsciemment le principe de réciprocité : les cyclistes, touchés par l’attention, baissaient naturellement leurs gardes et acceptaient de lui accorder 10 à 20 minutes de leur temps pour discuter.
  • L’écoute active au service de l’itération : À aucun moment elle ne cherchait à « pitcher » son produit ou à convaincre. Sa mission était de récolter des récits de vols, des frustrations et des angoisses. Cette immersion profonde dans la « douleur » réelle de ses futurs clients lui a permis d’affiner sa solution technique pour qu’elle ne soit pas perçue comme un gadget, mais comme une réponse viscérale à un problème de sécurité majeur.
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Pourquoi les questionnaires mentent (et comment avoir de vrais avis)

Aiko est formellement contre les questionnaires de satisfaction classiques. Selon elle, la psychologie humaine pousse les gens à répondre ce qu’ils aimeraient être plutôt que ce qu’ils font réellement. Pour obtenir des avis et des validations authentiques, elle préconise le test de la carte bleue.

Elle a créé une « Landing Page » (un site web simple) en une seule journée. Elle y proposait l’antivol à l’achat alors que le produit n’était pas encore finalisé. Dès qu’une personne payait, elle la contactait immédiatement pour comprendre son cheminement intellectuel. C’est la seule preuve de traction réelle : si quelqu’un sort sa carte, le besoin est validé. Pour générer du trafic, elle a même utilisé des bouts de ficelle et des QR codes attachés aux vélos mal sécurisés en ville.

La résilience face à l’échec : L’anecdote des crevettes macérées

Tout n’a pas été simple. Lors de son passage dans l’émission Qui veut être mon associé sur M6, Aiko a vécu ce que beaucoup considéreraient comme un cauchemar médiatique : aucun investisseur ne l’a suivie après une démonstration ratée.

L’anecdote des coulisses : Pour simuler l’odeur sur le plateau sans couper de vrai antivol, elle avait fait macérer des têtes de crevettes sur son balcon pendant 4 mois en plein mois d’août. Un mélange « dégueu » et efficace… sur le papier. Mais après une heure d’aération sur le plateau télé, le gaz s’est dissipé et les investisseurs n’ont rien senti.

« Tu ne peux pas réussir si tu n’as pas de galères. C’est l’accumulation de petits échecs qui permet d’avoir une réussite accessible à tout le monde. »

Au lieu de s’effondrer, elle a utilisé ce « gros coup de mou » comme un carburant pour ramer « avec les dents » pendant deux mois, restructurer son business model et prouver que Cactus Lock était une entreprise solide, déjà présente en boutique.

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Les conseils d’Aiko pour financer et lancer sa boîte

Pour les auditeurs de Renacast qui souhaitent franchir le pas, Aiko livre trois conseils clés sur le financement et la croissance :

  1. Vendez avant de lever : Ne cherchez pas d’argent si vous n’avez pas de preuve de vente. Aujourd’hui, on ne lève plus de fonds sur une simple idée.
  2. Choisissez vos alliés : Pour une première étape, tournez-vous vers les Business Angels. Ils apportent de l’humain, de l’aventure et de l’accompagnement, là où les fonds d’investissement (VC) ne regardent que les chiffres.
  3. Apprivoisez l’échec : L’entrepreneuriat est un trail. Il y aura des montées épuisantes et des descentes où l’on crampe. La seule différence entre celui qui réussit et celui qui échoue, c’est la résilience.

Osez sortir du cadre

Aiko Leroux nous rappelle que l’innovation naît souvent d’un problème agaçant du quotidien. De la « bonne élève » qui ne sortait jamais du cadre à l’inventrice qui manipule des molécules de cadavre (au point de ne plus supporter son propre shampoing à la vanille !), son parcours est une ode à l’action.

Les ressources de l’épisode :

  • Livre coup de cœur : Influence et Manipulation de Robert Cialdini (indispensable pour comprendre la psychologie de la vente).

Retrouvez Aïko Leroux:

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