Épisode #53

Comment braquer un milieu fermé et s’imposer en 2 ans : L’audace de Marius Masson

Nicolas Drolo Par Nicolas Drolo
57 min 18 Mai. 2026

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Comment braquer un milieu fermé et s’imposer en 2 ans : L’audace de Marius Masson

Dans le milieu du sport automobile, il y a une règle invisible mais brutale : si vous n’êtes pas né dedans, les jeux sont faits dès l’âge de 6 ans. Sans le compte en banque qui suit ou le carnet d’adresses des parents, la porte reste fermée à double tour. On vous fait vite comprendre que la courbe d’apprentissage est derrière vous et qu’il est trop tard.

Marius Masson s’en moque complètement des statistiques. À l’âge où certains cherchent encore leur voie sur les bancs de la fac, lui a décidé de forcer le passage dans un système qui ne voulait pas de lui. En moins de deux ans, il a transformé une intuition folle en une machine de guerre. Aujourd’hui, il aligne les podiums mondiaux sur les circuits de karting des sodiwseries et court en parallèle sur les Grands prix de France de ski alpin.

Ce qui m’intéresse ici, ce n’est pas son armoire à trophées. C’est la méthode quasi chirurgicale qu’il a dû inventer pour hacker son ascension, dompter ses propres blocages et convaincre des entrepreneurs de miser sur lui alors qu’il n’était personne dans ce milieu. Une vraie leçon d’audace brute et de stratégie.

Quitter la Savoie pour bousculer la routine

Marius grandit en Savoie avec une seule idée en tête : exceller par le sport. Il touche à tout,  foot, rugby, ,Judo, vélo, avec cette envie permanente de repousser ses limites. Même si le sport mécanique vibre un peu dans sa famille (plutôt côté moto à haut niveau), le circuit automobile reste pour lui un univers lointain, presque inaccessible.

Le vrai virage s’amorce après le lycée . Refusant de s’enfermer dans un parcours tout tracé, Marius choisit l’indépendance des jobs saisonniers. Il veut voir du pays, bouger. Il quitte son cocon et traverse la France pour atterrir dans les Landes. Il décroche un boulot d’été sur un circuit de karting : sa mission consiste à entretenir la piste, gérer les machines et briefer les clients.

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C’est là, pendant les heures creuses, qu’il s’installe pour la première fois derrière un volant. Le verdict du chronomètre est immédiat. Sans aucune heure de cours, Marius commence à exploser les records de la piste.

Le jour où tout bascule

À la fin de l’été, il enchaîne sur un autre circuit pour un contrat de deux mois avant de réattaquer sa saison d’hiver à la montagne. C’est là qu’il croise Timoléon Dupain et son père, un habitué des finales mondiales de karting. En observant rouler Marius, ce dernier repère tout de suite le potentiel brut du gamin et décide de le prendre sous son aile.

Marius s’inscrit à sa première vraie course. Ce n’est plus une session du dimanche pour s’amuser entre copains. C’est une révélation. Il prend une décharge d’adrénaline, mais il découvre surtout une immense soif de résultats. À ce moment précis, le déclic a lieu : le karting ne sera pas un passe-temps, ce sera son obsession.

Le mur financier et la gestion de la peur

Mais vouloir jouer dans la cour des grands a un prix, et la réalité du terrain est violente. Dans ce sport, le premier obstacle est financier. Pour sa première année en Championnat de France, Marius doit sortir 11 000 € de sa propre poche, c’est-à-dire l’intégralité de ses économies de saisonnier. Pas de sponsor, pas de structure pour l’épauler. Il gère tout tout seul : ses déplacements, ses inscriptions, ses nuits d’hôtel.

Sur la piste, les débuts sont durs. Marius doit composer avec une vraie peur de la vitesse et du freinage. Se retrouver au ras du bitume à 105 km/h au milieu d’un paquet de 20 karts ultra-agressifs qui se touchent, ça demande un cœur bien accroché.

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Le point de rupture arrive en octobre 2024, à Strasbourg. C’est la dernière course de la saison et Marius est à sec. Il regarde ses potes et leur dit franchement :

« C’est ma dernière course. Financièrement, je ne peux plus suivre. J’arrête là.« 

Créer la TeamMass pour hacker le système

Dos au mur, libéré de la pression de l’avenir, Marius signe une performance monumentale. Il termine 6ème sur 40 sur un tracé qu’il découvre à peine, juste derrière des pointures comme Sébastien Loeb. En voyant ça, ses proches refusent qu’il baisse les bras. Ensemble, ils prennent une décision : structurer son ambition en créant une association, la TeamMass.

Le démarrage est une immense traversée du désert. Durant tout l’hiver, Marius et ses potes essuient des dizaines de refus. Ils appellent à froid, envoient des mails, mais personne ne répond. Tout change lorsque Cyrielle Fusato, une pro de la communication, rejoint l’aventure et prend la présidence. Elle recadre la stratégie : il faut arrêter de demander du sponsoring « gentil » ou de la charité, et commencer à vendre une vraie prestation de services (conférences en entreprise, visibilité média, effet miroir).

Le chiffre montre l’intensité du combat : 1 311 e-mails envoyés pour décrocher seulement 8 sponsors. Mais la méthode paye : sa deuxième saison est financée à 100 %.

Aujourd’hui, la Team Mass s’est transformée. Elle compte près de 10 personnes et a lancé un pôle académique pour accompagner gratuitement trois jeunes pilotes. Marius et son équipe leur transmettent bénévolement toutes les clés pour trouver des partenaires et gérer leur communication.

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3 conseils de Marius Masson pour passer à l’action

  1. Avancer centimètre par centimètre : Pour vaincre sa peur du freinage (qui est devenue sa plus grande force), Marius n’a pas pris tous les risques d’un coup. Il a observé les meilleurs et a repoussé sa limite de 30 cm à chaque tour, jusqu’à dompter la trajectoire.
  2. Faire confiance à son instinct : En compétition, les karts sont tirés au sort à chaque manche. Marius change 4 fois de machine dans le week-end. Pour réussir, il oublie la théorie et se fie à 50 % aux sensations de son corps pour corriger son pilotage instantanément.
  3. Normaliser l’échec : Avec 37 départs en une seule saison, Marius rappelle qu’une trajectoire est une succession de ratés invisibles. Échouer fait partie de la stratégie. C’est là qu’on récolte les données pour ajuster le tir.

Ressources de l’épisode :

Le mot de la fin

Marius Masson nous montre qu’on n’a pas besoin d’attendre que les portes s’ouvrent d’elles-mêmes. Si le système ne veut pas de vous, changez les règles du jeu, entourez-vous des bonnes personnes et forcez le passage. Quel est le projet que vous repoussez par peur de ne pas être légitime ? C’est le moment de lâcher les freins et d’agir.

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