Épisode #64

L’entrepreneuriat n’est pas une thérapie : comment surmonter l’échec et reconstruire sa réussite avec Justine Abecassis

Nicolas Drolo Par Nicolas Drolo
88 min 10 Août. 2026

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L’entrepreneuriat n’est pas une thérapie : comment surmonter l’échec et reconstruire sa réussite avec Justine Abecassis

Est-il possible de bâtir une entreprise saine sur des blessures personnelles non résolues ? Comment transformer la peur de l’échec ou la pression de l’entourage en un véritable moteur d’apprentissage et de croissance ?

Justine Abecassis, 32 ans, est passée par les montagnes russes de la création d’entreprise. Après avoir fondé une marketplace de mode écoresponsable et vécu une faillite marquante, elle a accompagné des centaines de créateurs, dirigé la pédagogie de la structure LiveMentor et partagé ses apprentissages dans un ouvrage sans fard : j’ai testé pour vous l’échec entrepreneurial, publié aux éditions Prochain Chapitre. Son parcours singulier est marqué par une résilience profonde, ayant surmonté un grave accident de plongée sous-marine en 2023 et un épuisement professionnel, pour aujourd’hui se reconstruire à son propre rythme .

Dans cet épisode de Renacast, elle livre une analyse sans concession et profondément humaine de ses erreurs de parcours, offrant un fil conducteur précieux : l’échec n’est pas une fin en soi, mais un outil d’apprentissage exceptionnel lorsqu’on accepte de le regarder en face et d’en assumer la responsabilité.

L’adn de l’indépendance ou la vision de l’entrepreneuriat

Le point de départ du parcours de Justine Abecassis n’est pas marqué par une vocation entrepreneuriale précoce. Durant ses études, elle souhaite s’orienter vers l’humanitaire et l’associatif, habitée par l’envie naïve de sauver la planète. C’est lors de ses stages et échanges universitaires qu’elle se confronte à l’autonomie. D’abord au Togo, stagiaire numéro deux dans une galerie d’art dont le directeur prend la fuite, elle se retrouve propulsée seule aux commandes de la structure et y découvre la débrouille constante. Ensuite, lors d’un échange universitaire au Canada, un professeur d’entrepreneuriat lui impose de formuler cinq idées de création par semaine. Cet exercice habitue son esprit à transformer chaque friction et chaque problème du quotidien en opportunité de projet.

Pendant longtemps, Justine a vu son quotidien d’entrepreneure comme un mouvement perpétuel. Cette instabilité faite d’allers-retours en train, d’une valise toujours prête et de nuits sur les canapés de ses proches constituait une zone de confort paradoxale.

Pour Justine, la réussite ne réside pas dans les illusions financières projetées sur un tableur Excel. Elle définit la création de richesse de manière humaine et conceptuelle : documenter ses erreurs pour transmettre de la matière brute et permettre à d’autres créateurs de ne pas foncer droit dans le mur .

Le déclic : transformer la controverse en conviction

En 2013, le drame du Rana Plaza au Bangladesh provoque chez elle une prise de conscience brutale sur le coût humain et écologique de la mode jetable. Elle modifie alors radicalement ses habitudes de consommation avant d’avoir le déclic de lancer, début 2017, sa propre marketplace multimarques dédiée à la mode écoresponsable.

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Dès l’entrée en incubateur, Justine se heurte aux interrogations du marché, mais la barrière principale provient des mentors de l’époque, en pleine effervescence de la startup nation. On lui conseille vivement de s’associer avec sa meilleure amie et de faire coder le site internet ligne par ligne pour en posséder la propriété technique, plutôt que d’utiliser un CMS existant comme WordPress ou Shopify. Cette décision absorbe la totalité de ses économies de stage, soit 4 000 euros, l’obligeant à vivre dans une grande précarité matérielle tout en payant 1 500 euros par an pour un comptable alors que l’entreprise ne génère aucun revenu.

Face aux retards techniques de six mois et au scepticisme, elle s’isole mais choisit de ne pas blâmer la terre entière. Elle utilise cette opposition comme un révélateur et comprend que son rôle de dirigeante consiste à assumer pleinement ses choix.

« La responsabilité, elle est sur moi en tant que dirigeante… je trouve que c’est super important en tant que dirigeant de pas se dédouaner de ses responsabilités et de pas commencer à blâmer la terre entière. » 

L’expansion et l’art de saisir les opportunités

Après la fermeture de son entreprise, Justine Abecassis ne s’arrête pas . Elle convertit son apprentissage technique en stratégie d’accompagnement . Elle commence par le mentorat individuel avant de rejoindre l’organisme de formation LiveMentor, où elle monte, structure et dirige l’ensemble du pôle de l’offre pédagogique, tout en rejoignant le conseil d’administration d’EdTech France

Sa méthode face à l’inconnu repose sur l’action ciblée et l’affranchissement de la peur de dépenser. Lors du lancement de son livre, elle choisit d’investir de manière sélective un budget de 3 000 euros : elle engage un cadreur-monteur freelance pour immortaliser son discours de lancement dans une librairie mythique de Paris, et sponsorise des newsletters externes pour s’adresser directement aux communautés d’autres créateurs. Elle prouve ainsi qu’un petit budget bien orienté crée plus d’impact que des dépenses administratives stériles.

Les clés fondamentales pour oser passer à l’action

Créer sa propre fiche d’erreur

Inspirée par une méthode de sa professeure de mathématiques en classe préparatoire, Justine Abecassis conseille de lister de façon systématique ses erreurs professionnelles et ses failles de décision. Analyser régulièrement ses copies ou ses choix d’affaires permet de s’apercevoir que l’on répète souvent les mêmes erreurs d’inattention ou de jugement. 

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C’est en cartographiant ces failles que l’on apprend à travailler mieux, et non plus seulement plus dur.

Écouter ses clients avant tous les experts

Les retours des clients sur le terrain constituent la boussole absolue d’un projet. Si Justine Abecassis a d’abord vendu à son entourage, l’ouverture d’une boutique éphémère à Paris en décembre 2018 lui a permis d’échanger en direct avec son public cible. 

Les conseils des proches ou des mentors, bien que bienveillants, ne remplaceront jamais la dure réalité de la confrontation au marché.

Dépenser au bon endroit et oser déléguer

L’une des erreurs majeures au démarrage d’une entreprise est la mauvaise allocation des ressources financières. Justine Abecassis a englouti ses économies dans de l’assurance administrative et de la comptabilité disproportionnée par peur des institutions, au détriment de l’acquisition client. 

Pour réussir, il faut savoir investir son budget là où il crée directement de la valeur et s’entourer de freelances spécialisés plutôt que d’utiliser des stagiaires non formés sur des sujets complexes.

Cadrer ses relations et ses associations

S’associer avec un proche sous la pression d’un tiers sans définir de cadre juridique ou opérationnel précis est un piège classique L’association ne doit jamais être une réponse automatique à une injonction extérieure. Avant de partager le capital, il convient d’analyser rigoureusement si le besoin ne peut pas être comblé par un prestataire externe ou par l’usage de nouvelles technologies.

À votre tour : l’exercice pratique pour le lecteur

Pour éviter de reproduire à l’aveugle les erreurs d’inattention ou de foncer dans une direction stérile, l’action doit être guidée par l’auto-analyse et l’écoute du terrain . Voici un atelier pratique en deux étapes pour briser l’inertie et poser les bases de votre réussite.

Étape 1 : l’inventaire de l’adn singulier

Prenez une feuille blanche et divisez-la pour faire le bilan de vos propres forces et apprentissages. Cet exercice s’inspire directement de la fiche d’erreur de Justine Abecassis.

  • Vos compétences et passions cachées : listez les domaines dans lesquels vous agissez avec naturel et fluidité, même s’ils semblent éloignés de votre projet actuel.
  • La cartographie de vos échecs passés : notez trois erreurs ou revers professionnels que vous avez subis. Pour chacun, dégagez l’erreur récurrente sous-jacente (un manque de cadre, un problème d’attention, une précipitation).
  • La transformation en matière brute : écrivez comment ces erreurs peuvent devenir une boussole d’apprentissage ou un argument pour accompagner et conseiller votre propre communauté.

Étape 2 : le plus petit pas possible

N’attendez pas de concevoir un produit parfait ou d’avoir rédigé un plan d’affaires de cent pages sur Excel pour démarrer. Un produit minimum viable imparfait lancé tôt vaut mieux qu’un chef-d’œuvre tardif qui ne trouve pas sa cible. Pour briser l’inertie de la réflexion aujourd’hui même, choisissez l’une de ces trois micro-actions réalisables en moins d’une minute :

  1. Identifier une friction du quotidien : notez sur un carnet un problème concret ou un agacement que vous avez vécu aujourd’hui, à la manière de l’exercice imposé par le professeur d’entrepreneuriat canadien de Justine pour habituer l’esprit à repérer les opportunités.
  2. Démarrer votre fiche d’erreur : ouvrez un document numérique et écrivez la toute dernière erreur d’inattention que vous avez commise cette semaine afin de lister systématiquement vos failles et d’éviter de les répéter.
  3. Lancer un message d’échange sans but commercial : envoyez un court message à un client potentiel ou à un confrère pour lui poser une question sincère sur ses problématiques du quotidien, en reproduisant la démarche d’étude terrain chaleureuse et libérée de toute pression de vente .
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La lecture inspirante et la conclusion

Pour naviguer à travers les doutes et préserver sa clarté cognitive, Justine Abecassis s’appuie sur des lectures phares qui l’aident à se réaligner. Elle partage trois recommandations culturelles majeures :

  • Le Petit Prince : son œuvre de chevet favorite, un livre philosophique apaisant qui la sort du quotidien, l’émeut profondément et lui enseigne des leçons de vie constamment renouvelées à chaque relecture.
  • L’art subtil de s’en foutre : le livre de Mark Manson qu’elle consulte dès qu’elle se sent submergée, essentiel pour apprendre à lâcher prise sur le quotidien et sortir de l’illusion du contrôle permanent .
  • Atomic habits : l’ouvrage de James Clear qui a révolutionné son organisation personnelle en lui permettant de structurer des routines quotidiennes adaptées et pérennes, elle qui ne parvenait pas à tenir ses habitudes auparavant.

En définitive, le parcours de Justine Abecassis nous rappelle que l’entrepreneuriat exige une action sincère plutôt que la recherche d’une perfection paralysante. Lancer une initiative, même laide ou incomplète, reste le seul moyen d’obtenir une validation réelle et d’avancer. Coucher courageusement ses failles sur le papier n’est pas un aveu de faiblesse, mais le premier pas pour se réapproprier sa trajectoire de chef d’entreprise.

Et vous, quelle est la plus grande leçon ou la plus belle fiche d’erreur que vous avez tirée d’un échec dans votre parcours entrepreneurial ? Partagez vos retours et vos expériences dans les commentaires ci-dessous !

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