Vous arrive-t-il de paralyser vos projets par crainte de ne pas être suffisamment préparé ou légitime ? Accepteriez-vous de troquer la sécurité trompeuse d’un salaire fixe contre la liberté totale de façonner votre quotidien, quitte à devoir réinventer vos revenus en période de crise ?
Dans cet épisode du podcast Renacast, Nicolas reçoit Carine IEM, une entrepreneure au profil atypique qui réconcilie la rigueur scientifique et l’imprévisible de la scène. Diplômée en ingénierie et experte en ingénierie pédagogique, elle est également comédienne d’improvisation, fondatrice de la troupe Impossibl’ et cocréatrice de La brigade du pop-corn. À travers sa structure Als’art, ses interventions en coopérative d’entrepreneurs (SCOP) chez Formacop et son travail avec les conférenciers, elle utilise le jeu pour débloquer le potentiel humain dans les entreprises comme en milieu carcéral.
Le fil conducteur de cet échange explore comment l’audace, le lâcher-prise face à l’échec et la maîtrise de l’improvisation permettent de briser les certitudes, de traverser les tempêtes professionnelles et de bâtir une activité rentable et profondément alignée.
L’adn de l’indépendance et la vision de l’entrepreneuriat
L’adn de l’indépendance et la vision de l’entrepreneuriat
Le parcours de Carine IEM s’est construit très tôt sous le signe du grand saut vers l’inconnu. En 1992, à l’âge de 19 ans, elle prend la décision radicale de quitter le nid familial pour s’installer à l’île de la Réunion, à une époque où ni internet ni les téléphones portables n’existaient pour maintenir le lien. Arrivée sur place sans filet de sécurité, elle découvre la colocation, les squats et les exigences du travail en restauration.
Cette expérience initiale a forgé sa métaphore centrale du quotidien d’entrepreneur : l’adaptabilité permanente et l’absence totale de fausse pudeur face aux tâches matérielles. Pour Carine IEM, être dirigeant n’est pas un statut figé sur un piédestal, mais le choix conscient de la liberté. Si une période creuse survient en été, elle n’éprouve aucune honte à retourner sur le terrain, à faire du service ou de la plonge pour assurer son indépendance financière.
Pour elle, la réussite ne se résume pas à l’accumulation de capital passif, mais réside dans la capacité à générer de la valeur par l’action, à maintenir un alignement personnel strict et à vendre ses compétences à leur juste prix sans se sous-estimer.
Le déclic : transformer la controverse en conviction
Avant de devenir indépendante, Carine IEM a passé 13 ans comme cadre commerciale dans une grande entreprise. Malgré des résultats probants, son confort matériel (véhicule de fonction, salaire fixe) s’accompagnait d’une peur constante de tout perdre qui la poussait à exécuter ses missions de manière automatisée. Le tournant décisif survient lorsqu’elle est licenciée de façon brutale parce qu’elle posait des questions dérangeantes avec franc-parler.
Face à ce qu’elle ressent comme une profonde injustice, elle refuse de se laisser écraser. Durant 3 ans, elle mène un combat éprouvant aux prud’hommes contre son ancien employeur. Loin de la paralyser, cette épreuve devient le carburant direct de son projet : c’est pendant ces trois années de procédure judiciaire qu’elle monte sa propre entreprise. Le dossier s’est conclu par une transaction amiable qui lui a apporté le capital nécessaire pour sécuriser le démarrage de son activité.
« Il y a quelque chose que je supporte pas dans la vie, c’est l’injustice. Et comme j’ai toujours donné corps et âme et que j’ai toujours bossé… je n’ai jamais lâché parce que je me suis dit non, ils ne méritent pas. Et au bout de 3 ans… j’ai quand même réussi à avoir gain de cause et de l’argent , ce qui m’a permis aussi de décoller et de me sécuriser. »
L’expansion et l’art de saisir les opportunités
L’évolution de Carine IEM repose sur une transition pragmatique : passer de la simple prestation de vente à une stratégie globale de marque et d’interventions à fort impact. Consciente que la prospection à froid classique est énergivore, elle a structuré un système fondé sur le partenariat et le réseau d’apporteurs d’affaires qu’elle rémunère systématiquement par commission.
Pour sécuriser son développement tout en conservant son autonomie, elle combine trois statuts juridiques : la micro-entreprise pour les spectacles, des vacations universitaires en IUT et un statut d’entrepreneure-salariée au sein de la coopérative Formacop. Ce modèle en SCOP lui permet de tester son activité sur 2 ans tout en bénéficiant du maintien de ses droits sociaux, de démarrer son activité en toute sécurité et de bénéficier de la certification Qualiopi.
Sa méthode face à l’inconnu consiste à agir avant même de se sentir totalement prête. Elle applique les clés de l’improvisation théâtrale aux enjeux d’entreprise en remplaçant la théorie descendante par des exercices corporels et ludiques. Elle intervient également en milieu carcéral (auprès d’adolescents en centre éducatif et d’adultes en longues peines), apportant un espace d’humanité et de lâcher-prise dans un cadre hautement sécurisé.
La phrase qui l’a marqué? « Carine, je voulais te remercier parce que je crois que c’est la première fois depuis que je suis en milieu carcéral que je me suis pas senti comme un animal. »
Les clés fondamentales pour oser passer à l’action
Clé 1 : transformer le culot en levier d’opportunité
Lorsque les portes traditionnelles vous sont fermées en raison de votre diplôme ou de votre manque d’expérience, apprenez à passer par la fenêtre. Carine IEM a décroché son premier poste de commerciale sans aucune qualification théorique, simplement en contournant les barrages administratifs pour obtenir le directeur commercial directement au téléphone. Le culot stratégique et la capacité à exprimer sa valeur priment souvent sur un parcours académique parfait.
Clé 2 : fixer son juste prix sans tabou ni fausse modestie
Annoncer des tarifs trop bas sous prétexte d’avoir besoin de contrats envoie un signal négatif au marché et déprécie la qualité de votre travail. Dans la formation comme dans le conseil, la décision d’un client repose sur la confiance et l’alignement, non sur le bradage des prix. Définissez votre valeur réelle (comme une journée de formation entre 1 600 € et 2 000 € en direct) et assumez-la avec fermeté.
Clé 3 : utiliser la diversification pour sécuriser sa liberté
Ne mettez jamais tous vos œufs dans le même panier en dépendant d’un unique client ou d’un seul canal de revenus. En alternant entre la formation professionnelle, la conférence sur mesure avec l’équipe Marie Leresteux, les spectacles et la coopérative d’entrepreneurs, vous créez un modèle résilient capable de traverser les saisonnalités et les crises sectorielles.
Clé 4 : embrasser l’incertitude et lâcher prise sur l’échec
Sur scène comme dans le business, rater une intervention n’est pas une condamnation mais un apprentissage immédiat. Accepter de ne pas tout contrôler et transformer la peur en curiosité permet de rebondir sans perdre confiance en son intuition.
À votre tour : l’exercice pratique pour le lecteur
Étape 1 : l’inventaire de l’adn singulier
Prenez une feuille de papier et divisez-la en deux colonnes :
- Vos compétences cachées et passions annexes : listez trois savoir-faire ou centres d’intérêt qui ne figurent pas sur votre CV officiel (ex. pratique du théâtre, organisation d’événements, gestion d’une crise personnelle).
- Les leçons de vos échecs : notez deux situations d’échec ou de refus professionnel passés et identifiez pour chacune la compétence d’adaptation que vous avez développée en réaction.
Étape 2 : le plus petit pas possible
Pour briser l’inertie et sortir de la peur de l’inaction, réalisez l’une de ces trois micro-actions en moins de 60 secondes :
- Passer un appel au culot : écrivez le prénom d’un prospect ou d’un partenaire qualifié que vous n’avez jamais osé contacter et préparez l’envoi d’un message direct.
- Revaloriser une offre : augmentez de 15 % le tarif indiqué sur votre prochain devis en cours de rédaction pour vous aligner sur la valeur réelle de votre travail.
- Consulter un livre inspirant : notez la référence de l’ouvrage Comment devenir un optimiste contagieux de Shawn Achor pour faire évoluer votre posture mentale au quotidien.
La lecture inspirante et la conclusion
La recommandation culturelle de l’invitée
Lors de chaque épisode du podcast Renacast, les invités partagent une œuvre marquante qui alimente leur démarche personnelle et professionnelle. Pour Carine IEM, le choix s’est porté sur le livre Comment devenir un optimiste contagieux rédigé par Shawn Achor (décliné également sous forme de conférence TED).
La valeur essentielle qu’elle extrait de cette lecture repose sur une explication scientifique et neurologique : l’optimisme n’est pas un trait de caractère inné, mais une discipline mentale qui se travaille et s’entraîne activement. En complément, Carine IEM mentionne l’ouvrage Voyager seule quand on est une femme, un guide nourri par son propre parcours de baroudeuse en solo à travers le monde.
La philosophie générale : l’action sincère plutôt que la perfection
Si Carine IEM avait l’occasion de monter à bord d’une machine à remonter le temps pour retrouver la jeune femme de 19 ans s’apprêtant à débarquer à la Réunion sans argent ni repères, son conseil tenirait en une phrase : « ne change rien, suis ton feeling, ça va bien se passer ».
Cette confidence résume la philosophie centrale de cet épisode : privilégier l’intuition et l’action sincère plutôt que la quête d’une perfection théorique paralysante. L’entrepreneuriat libéré ne s’apparente pas à la lecture d’un texte appris par cœur, mais à une performance d’improvisation permanente où l’audace, le culot stratégique et l’acceptation de l’échec deviennent les vrais moteurs de la réussite.
« On a tous de l’intuition et de la confiance. Après ça suffit pas, bien sûr, il y a le travail… mais où te porte ton cœur ? Parce que si à un moment donné tu subis ton travail pendant des années, c’est ton corps qui va lâcher… Mais les sacrifices, les moments de doutes ne sont rien face à la liberté. Libre de choisir sa vie et la vivre sans la subir. . »
Et vous, quel est votre prochain pas ?
À l’image de Carine IEM qui a su transformer un licenciement injuste et 3 années de combat en tremplin vers son autonomie, quelle est la décision ou la micro-action audacieuse que vous différez depuis trop longtemps par peur d’entrer en scène ? Partagez votre expérience et vos réflexions dans les commentaires ci-dessous pour échanger avec la communauté !
Les ressources utiles et les liens pour retrouver l’invitée
Voici l’ensemble des repères et réseaux mentionnés au fil de l’échange pour contacter Carine IEM ou découvrir ses activités :
- Als’art : l’entreprise individuelle de Carine IEM regroupant ses activités de formation, de conseil et ses conférences signature.
- La brigade du pop-corn : sa nouvelle troupe dédiée à l’improvisation théâtrale et musicale.
- Troupe Les Zidefuz Colmar: https://share.google/b6PcQjbWT7fadqor5
- Chaîne YouTube: https://youtube.com/@carinealsarts?si=zTsaooFwr6gpFHNw
- Les Zidefuz : sa troupe d’improvisation théâtrale implantée à Colmar.
- Equipe Marie Leresteux : la structure fondée par Marie avec laquelle Carine IEM collabore pour le coaching de conférenciers.https://marieleresteux.fr/
- Lectures citées : Comment devenir un optimiste contagieux de Shawn Achor et Voyager seule quand on est une femme.
- Le podcast Renacast : animé par Nicolas, à retrouver chaque lundi matin dès 7h sur Spotify et Apple Podcasts.