L’argent. Le mot est lâché.
Pour 90% des salariés qui rêvent de se lancer, c’est le mur infranchissable. La peur panique de quitter la sécurité du CDI. La peur de ne pas « mériter » de gagner autant, ou plus. La peur de l’échec financier, du regard des autres, de la gestion.
Cette peur, elle paralyse. Elle vous maintient dans un job qui n’a plus de sens, « juste au cas où, juste pour la sécurité ».
Lors de mon enregistrement Renacast avec l’inspirante Margaux Ilona Letouche, une idée puissante a émergé : et si, pour dédramatiser ce sujet, tout commençait par s’écrire une lettre ? Pas à votre banquier, mais à vous-même.
Cet article n’est pas un cours de comptabilité. C’est une invitation à déconstruire vos blocages psychologiques face à l’argent, pour qu’il redevienne ce qu’il doit être : un moyen, et non une fin.
Le poids de l’héritage : pourquoi l’argent est-il si tabou ?
Avant d’être un chiffre sur un compte, l’argent est une émotion. C’est une histoire de famille.
En France, plus que partout ailleurs, l’argent est un tabou. On n’en parle pas à table, on ne dit pas son salaire. Il est souvent associé à quelque chose de « sale » ou d' »injuste ».
Le regard du psychologue : De nombreux psychologues et thérapeutes, comme Nicole Prieur (auteure de « La Famille, l’argent, l’amour« ), soulignent que notre rapport à l’argent est un « scénario financier » hérité. Nous répétons inconsciemment les schémas de nos parents : la peur de manquer, le besoin d’épargner à outrance, ou au contraire, le besoin de tout dépenser.
Se lancer, c’est souvent briser cette « loyauté familiale » invisible. C’est oser gagner plus (ou moins, au début) que ce que la famille jugeait « normal ».
Le premier déclic, ce n’est pas de faire un business plan. C’est d’identifier vos croyances limitantes.
- « Pour gagner de l’argent, il faut travailler dur et souffrir. »
- « L’argent corrompt. »
- « Je ne suis pas assez bon pour facturer ce prix. »
Reconnaître ces phrases, c’est déjà commencer à s’en libérer.
Changer de perspective : l’argent comme énergie
Le salariat nous a habitués à échanger du temps contre une somme fixe. L’entrepreneuriat change radicalement les règles : vous échangez de la valeur contre de l’argent.
Ce changement de paradigme est au cœur de nombreuses philosophies de vie.
Les courants de pensée à explorer :
- Le « Happy Money » (Ken Honda) : L’auteur japonais Ken Honda (dans « Happy Money ») propose de voir l’argent non pas comme un stock, mais comme un flux d’énergie. L’argent que vous recevez (de clients heureux) et que vous dépensez (avec gratitude) doit circuler. S’il est gagné avec frustration et peur, il génère de la frustration et de la peur. L’argent « heureux », c’est celui qui est aligné avec votre mission.
- Le « Growth Mindset » (Carol Dweck) : La psychologue Carol Dweck oppose le « Fixed Mindset » (mes compétences sont fixes) au « Growth Mindset » (je peux apprendre). Appliqué à l’argent : un entrepreneur ne « sait » pas gérer l’argent, il apprend à le faire. L’échec financier n’est pas une fatalité, c’est un feedback.
- La psychologie de l’argent (Morgan Housel) : Dans « The Psychology of Money« , Morgan Housel démontre que la gestion de l’argent est moins une question de tableurs Excel que de comportement humain. Le plus important n’est pas de savoir comment devenir riche, mais pourquoi on le veut. La vraie richesse, c’est la liberté. C’est le contrôle de son temps.
Ils l’ont fait : l’argent comme outil au service du « Pourquoi »
L’argent n’est pas le « Pourquoi ». C’est le « Comment ». C’est le carburant qui alimente votre mission.
De nombreux entrepreneurs à succès ont dû affronter ce rapport à l’argent avant de réussir.
- Yvon Chouinard (Fondateur de Patagonia) : Il est l’exemple ultime de l’entrepreneur « malgré lui ». Il n’a jamais cherché à être milliardaire. Il voulait juste fabriquer le meilleur équipement d’escalade possible, sans détruire la planète. L’argent n’a jamais été l’objectif ; il a été la conséquence d’une mission parfaitement exécutée. Il l’a prouvé en donnant son entreprise pour sauver la planète.
- Pauline Laigneau (Fondatrice de Gemmyo et du Gratin) : Elle aborde souvent ce sujet sans tabou. Elle insiste sur la nécessité de « pricer » (fixer le prix) son travail à sa juste valeur. Elle dédramatise l’ambition en la ramenant à un désir de créer, d’avoir de l’impact et de se donner les moyens de ses ambitions.
Ces parcours nous montrent une chose : quand votre « Pourquoi » est clair (aider les autres, créer de la beauté, résoudre un problème), la question de l’argent devient technique, et non plus émotionnelle.
Passage à l’action : La lettre à votre « Moi » financier
C’est l’exercice puissant inspiré par Margaux Ilona Letouche.
Prenez 30 minutes, seul, avec un carnet. Pas d’ordinateur. L’objectif est de formaliser votre relation à l’argent, comme si vous parliez à un vieil ami (ou un vieil ennemi).
Voici le déroulé de votre lettre :
1. Le diagnostic (Honnêteté et Gratitude) :
- « Cher Argent, aujourd’hui, voici ce que je pense de toi… »
- Listez sans filtre vos peurs : « J’ai peur de te manquer. » « J’ai peur de te gérer. » « Je pense que je ne te mérite pas. »
- Listez vos croyances héritées : « Mes parents disaient toujours que… »
- Remerciez-le (le conseil de Margaux) : Remerciez-le pour ce qu’il vous a permis de faire, pour la sécurité passée, et même pour les leçons qu’il vous a apprises. (Ex: « Je te remercie pour la sécurité que tu m’as apportée dans mon salariat. » « Je te remercie de m’avoir appris la valeur du travail. »)
2. La vision (Le « Pourquoi ») :
- « Maintenant, voilà ce que je veux vraiment accomplir dans ma vie d’entrepreneur… »
- Ne parlez pas de chiffres. Parlez de liberté, d’impact, de temps. (Ex: « Je veux pouvoir aller chercher mes enfants à 16h. » « Je veux aider 100 personnes à… » « Je veux créer… »)
3. Le nouveau contrat (Le « Comment ») :
- « Argent, voici le rôle que je veux que tu joues désormais. »
- Redéfinissez-le comme un outil : « Tu seras le carburant de ma mission. » « Tu me permettras d’investir dans… »
- Reformulation (le conseil de Margaux) : Au lieu de « Tu seras le signe que je crée de la valeur », préférez : « Tu seras la juste contrepartie de la valeur que j’apporte à mes clients.«
- (Mise en garde importante : veillez à ne pas créer une nouvelle croyance limitante. L’argent est le résultat de la valeur que vous créez pour les autres, il ne doit jamais définir votre valeur personnelle.)
4. L’engagement (Le premier pas) :
- « Pour changer notre relation, voici la première chose que je m’engage à faire… »
- (Ex: « Oser annoncer mon premier tarif sans trembler. » « Ouvrir un compte pro dédié. » « Lire mon premier livre sur la gestion financière. »)
Signez-la et datez-la. Gardez-la précieusement. Vous venez de poser le premier acte de votre nouvelle identité d’entrepreneur.
L’argent n’est pas le but, c’est le moyen.
Votre rapport à l’argent déterminera la vitesse de votre lancement. Si vous le voyez comme un obstacle, il le sera. Si vous le voyez comme un allié, il le deviendra.
En vous posant les bonnes questions, en déconstruisant vos peurs héritées et en vous inspirant de ceux qui mettent l’argent au service de leur mission, vous débloquez le frein à main le plus puissant de votre reconversion.
Le véritable déclic, ce n’est pas de devenir riche. C’est de décider que vos peurs ne dicteront plus vos choix de vie.
Le passage à l’action commence maintenant. Prenez ce carnet.
Peur de vous lancer à cause de l’argent ? Découvrez l’exercice puissant (inspiré par Renacast) pour débloquer votre rapport à l’argent et passer à l’action
