Avez-vous déjà ressenti ce trac paralysant, cette gorge nouée, juste avant de devoir présenter votre projet devant un groupe ou des investisseurs ? Combien de fois avez-vous préféré vous taire, étouffant une idée brillante par la peur de ne pas paraître assez légitime face à des profils plus académiques ou techniques ?
Prendre sa place et oser s’exprimer ne relèvent pas du don inné ou de la maîtrise parfaite d’une rhétorique scolaire. C’est l’enseignement majeur de Martine Guillaud, une comédienne et metteuse en scène devenue coach pour dirigeants, députés et ministres. En tant qu’ancienne timide pour qui la parole a longtemps été un complexe douloureux, elle a fait de la voix le combat de sa vie.
Dans cet épisode de Renacast, elle livre sans détour son parcours singulier, son rapport à l’invisible, et nous explique comment libérer notre propre parole pour en faire un moteur d’impact et d’indépendance entrepreneuriale.
L’adn de l’indépendance ou la vision de l’entrepreneuriat
Le parcours de Martine Guillaud n’est pas un long fleuve tranquille tracé dans les écoles de commerce. Née dans une famille d’artistes, elle choisit très tôt une voie de traverse en intégrant l’école des beaux-arts. Son but initial ? Non pas peindre pour peindre, mais apprendre à capturer et recréer la lumière naturelle au théâtre. Ce besoin viscéral de mettre en lumière la guidera pendant quinze ans à la tête d’une compagnie théâtrale qu’elle fonde avec sa sœur.
Pour Martine Guillaud, diriger un projet artistique ou une entreprise relève de la même posture : celle d’un chef d’orchestre. Le quotidien d’un dirigeant n’est pas de détenir tout le pouvoir ou de jouer au gourou, mais de proposer un point de vue fort, d’assembler une « troupe » de talents complémentaires et de gérer l’incertitude permanente. C’est un quotidien où la liberté se paye au prix du risque, à l’image du statut d’intermittent du spectacle qu’elle a longtemps incarné.
Sa définition brute de la réussite ne s’évalue pas en millions d’euros levés ou en croissance infinie. Pour elle, la création de richesse est avant tout humaine et conceptuelle. Réussir, c’est préserver sa liberté d’action, oser faire ce qui nous plaît sans s’étouffer sous des nécessités artificielles, et contribuer à offrir du plaisir et une vie meilleure aux autres. C’est aussi admettre que la réussite se nourrit d’échecs surmontés :
« On est de ses échecs. Tes échecs te permettent de comprendre et même en prise de parole, tu te casses la figure. Après, il faut enlever l’appréhension et une fois que tu as enlevé l’appréhension, la prochaine fois tu sais que tu ne retomberas pas dans le même écueil, donc tu feras différemment. »
Le déclic : transformer la controverse en conviction
Le véritable tournant vers le coaching professionnel s’est produit presque par hasard, lors d’un enregistrement pour France Télévisions. Un cadre de la chaîne l’interpelle pour aider un journaliste très connu du journal de 20 heures, en difficulté avec sa présence physique à l’écran. À cet instant, Martine Guillaud est saisie par un doute profond, le fameux syndrome de l’imposteur : qui est-elle, simple artiste de l’ombre, pour conseiller une star du petit écran ?
Mais elle choisit de faire confiance à son intuition plutôt qu’à sa légitimité théorique. Elle intervient non pas avec des théories complexes, mais avec sa sensibilité, en travaillant sur la respiration, les pauses, le regard et la posture physique. Le succès est immédiat. Elle réalise alors que son intelligence émotionnelle, loin d’être secondaire, est un outil d’accompagnement d’une puissance redoutable.
Lorsqu’elle décide plus tard de structurer cette activité en se formant à HEC, elle se retrouve plongée dans un univers corporate très éloigné de ses codes. Face à des responsables des ressources humaines en transition ou en burnout qui s’expriment à coup de jargon, d’acronymes techniques et d’anglicismes, elle se sent à nouveau décalée et pense à fuir. Au lieu de se fondre dans ce moule gris, elle décide d’imposer sa singularité, de conserver son langage authentique et de devenir un pont entre la rigueur de l’entreprise et la sensibilité artistique. C’est en assumant pleinement ce décalage qu’elle a transformé ce qui semblait être une barrière en une proposition de valeur unique et recherchée.
« Le syndrome de l’imposteur, il devient votre meilleur ami et donc vous arrivez à prendre de la force et à vous dire : ‘Waouh, j’y suis arrivée, je peux aller un peu plus loin’. »
L’expansion et l’art de saisir les opportunités
L’évolution de Martine Guillaud montre comment transformer un savoir-faire artisanal (le jeu d’acteur, la mise en scène, le travail de la voix) en une véritable marque et une activité à grande échelle. Autodidacte, elle ne s’est pas contentée d’attendre que le téléphone sonne. Elle a répondu à des appels d’offres publics majeurs, devenant coach officielle à l’Assemblée nationale pour accompagner des députés et des ministres. Elle a également conceptualisé sa méthode sous le nom de « lab oratoire » et l’enseigne désormais à l’université Paris-Saclay, où elle organise un festival d’éloquence annuel réunissant plus de 2400 étudiants.
Sa méthode secrète face à l’inconnu tient en une règle simple : l’audace d’agir avant de se sentir prêt. Son entrée dans le monde des voix off s’est faite de cette manière. Alors qu’elle remplaçait une amie au standard d’une agence de mannequins, on lui demande à l’improviste si elle sait chanter le jingle publicitaire de la marque Dim au téléphone. Sans réfléchir aux risques ou à sa légitimité, elle accepte, chante au téléphone pour une directrice de l’agence Publicis, et décroche un contrat historique qui lancera sa carrière de voix off pendant quarante ans. Elle a ainsi doublé des campagnes légendaires en apprenant à apprivoiser son propre outil vocal.
Saisir l’opportunité, c’est oser dire oui aux bifurcations de la vie avant de chercher à en maîtriser tous les aspects techniques.
Les clés fondamentales pour oser passer à l’action
Pour vous aider à briser la paralysie et à libérer votre potentiel oratoire et entrepreneurial, voici les quatre grandes leçons tirées du parcours de Martine Guillaud :
- Faire de votre syndrome de l’imposteur un allié de croissance
Le doute sur sa propre légitimité est universel. Même après avoir coaché des ministres et publié un livre chez Robert Laffont, Martine Guillaud ressent encore ce manque de légitimité académique. La clé n’est pas de faire disparaître cette sensation, mais de l’accepter comme un signal que vous êtes en train d’apprendre et de grandir. Votre vulnérabilité est souvent le vecteur de votre plus grande connexion avec votre audience ou vos clients.
- S’entourer comme une troupe de théâtre pour pallier ses faiblesses
L’entrepreneur solitaire s’épuise vite. Martine Guillaud, qui avoue une phobie absolue de la paperasse et des démarches administratives, a pu développer ses projets grâce à des alliés clés, comme son administrateur Laurent Letrillard. Pour réussir, ne cherchez pas à être parfait partout. Identifiez vos zones de génie (comme l’expression ou la vision) et entourez-vous de profils complémentaires pour structurer le reste.
- Parler votre propre parole plutôt que de jouer un rôle
Beaucoup de créateurs ou de dirigeants pensent qu’ils doivent adopter une posture solennelle, rigide ou ultra-professionnelle pour être crédibles. C’est une erreur fondamentale qui crée une distance. L’éloquence véritable ne réside pas dans la perfection littéraire, mais dans l’authenticité et l’intention qui viennent des tripes. Pour toucher vos interlocuteurs, parlez avec vos propres mots, votre propre rythme, et acceptez l’imperfection naturelle de l’oralité.
- Cultiver la foi en sa propre énergie face à l’inconnu
L’entrepreneuriat comporte une part de risque inhérente, mais l’action est le meilleur remède à l’anxiété. Martine Guillaud insiste sur le fait que l’essentiel est d’avoir un rêve ou un désir fort de transmettre quelque chose. Une fois cet élan validé, les solutions techniques apparaissent d’elles-mêmes au fil des rencontres et des expérimentations.
À votre tour : l’exercice pratique pour le lecteur
Pour passer de la théorie à la pratique dès aujourd’hui, suivez ces deux étapes simples conçues pour libérer votre élan créatif.
Étape 1 : l’inventaire de l’adn singulier
Prenez une feuille blanche et listez :
- Vos forces émotionnelles : quelles sont ces qualités invisibles (écoute, empathie, réactivité, intuition) que vous possédez et qui ne figurent sur aucun diplôme académique ?
- Vos apprentissages nés de l’échec : notez une situation où vous avez échoué (comme l’hôte de l’émission qui raconte son échec dans l’écriture d’une pièce). Qu’est-ce que cet échec vous a appris sur votre fonctionnement et vos besoins de structure ?
- Votre rêve initial : si vous n’aviez aucune contrainte financière ou sociale, quel est le projet ou l’activité que vous auriez voulu démarrer dès le départ ?
Étape 2 : le plus petit pas possible
Pour briser l’inertie, voici trois micro-actions concrètes à réaliser immédiatement (chacune prend moins d’une minute) :
- Ajuster votre posture physique : redressez votre colonne vertébrale, abaissez vos épaules et prenez trois grandes respirations ventrale profondes pour libérer votre cage thoracique et ouvrir votre voix.
- Allumer vos yeux : avant d’entrer en réunion ou de passer un appel important, mettez une intention d’enthousiasme et de brillance dans votre regard pour stimuler l’envie de communiquer et de créer un lien sincère.
- Déclencher la spontanéité : faites une micro-action que vous repoussez par timidité (comme appeler un collaborateur, poser une question rapide ou oser aller sonner chez votre voisin pour lui demander un peu de sel).
La lecture inspirante et la conclusion
Plutôt que de recommander un livre classique, Martine Guillaud partage l’histoire de Corentin Eveno, un conférencier et formateur atypique à Sciences Po qui a surmonté d’importants handicaps physiques pour exceller dans l’expression orale. C’est à ses yeux un véritable « livre vivant » qui prouve que la détermination et l’alignement intérieur permettent de surmonter tous les obstacles physiques et mentaux de la prise de parole.
Sa philosophie générale repose sur l’action sincère plutôt que sur la recherche paralysante de la perfection. l’oralité est par essence spontanée et imparfaite. en s’autorisant à faire des erreurs et à se tromper, on enlève l’appréhension et on apprend à faire différemment la fois suivante.
Et vous, quelle est la plus grande peur qui vous retient de prendre la parole ou de vous lancer dans votre projet aujourd’hui ? Partagez vos blocages ou votre premier petit pas dans les commentaires !
Les ressources de l’épisode et liens utiles
- Retrouvez Martine Guillaud sur son site internet.
- Son livre : Vous allez adorer prendre la parole (publié aux éditions Robert Laffont).
- Suivez Corentin Evno, conférencier et formateur inspirant à Sciences Po.
Cet épisode a été préparé avec l’accompagnement de Marie Leresteux, metteuse en scène et directrice d’agence, spécialisée dans le coaching de conférenciers. Découvrez sa méthode pour structurer et incarner des prises de parole percutantes sur marieleresteux.fr.