Lycée Henri-IV, École polytechnique, MIT, Banque mondiale, AXA. Sur le papier, Santolina Savannet coche toutes les cases de la réussite à la française. Pourtant, pendant près de dix ans, cette spécialiste de la finance a laissé son propre argent dormir sur un compte courant, par peur de se tromper. Il a fallu un burn-out pour qu’elle regarde enfin ses chiffres en face. Ce qu’elle y a trouvé est devenu son métier : accompagner ceux qui ont bien réussi à poser la question qu’ils évitent, celle de la vie qu’ils veulent vraiment.
En bref
- Qui est Santolina Savannet ? Une polytechnicienne passée par le MIT, la Banque mondiale, la BERD et AXA, où elle a monté une IA factory. Elle accompagne aujourd’hui des personnes qui ont réussi dans la gestion de leurs finances personnelles et dans leurs choix de vie.
- Quel a été son déclic ? Un burn-out, après 11 ans de carrière. « C’était plutôt mon corps qui m’a dit stop. »
- Qu’est-ce qui l’a fait basculer ? Le calcul : en faisant l’état des lieux de ses finances, elle réalise qu’elle a perdu environ un million d’euros à long terme en ne faisant rien de son argent, mais aussi qu’elle peut s’offrir une année sabbatique.
- Qu’est-ce qui la différencie ? Elle traite à la fois les chiffres et la question de fond : « Les finances, c’est la porte d’entrée vers la question qu’ils évitent : la vie qu’ils veulent vraiment. »
- Sa plus grosse erreur ? Avoir procrastiné : produit chargé en frais, rendez-vous chez le banquier dont elle est sortie « honteuse », puis plus rien. Coût d’opportunité calculé sur ce seul placement : 16 300 euros.
- Son conseil numéro un ? Mettre la charrue avant les bœufs : passer à l’action tôt, aider gratuitement, tester, et commencer à investir le plus tôt possible.
Une carrière en or… qui n’était pas la sienne
Tout commence par un rêve, mais pas le sien. Les parents de Santolina viennent du Cambodge. Son père arrive en France après le bac avec un objectif : intégrer Polytechnique. Il intègre une autre très belle école d’ingénieurs, mais pas « l’X ». Alors il transmet ce rêve à ses quatre filles. Deux le réaliseront.
« Dans les cahiers de copains, là où on écrit « plus tard, je veux devenir », moi j’avais écrit « polytechnicienne ». Je savais pas vraiment ce que ça voulait dire, mais je savais que ça faisait plaisir à mon père. »
Bonne en maths et en sciences, elle passe son bac à 15 ans et enchaîne la prépa, un cadre qu’elle trouve rassurant. Elle se souvient d’un professeur de chimie qui avait écrit dans son album de fin d’année : « X ou ne pas X, la question ne se pose pas. » Pendant les soirées de devoirs en prépa, elle s’accroche à cette phrase, et à une image d’enfance : défiler en bicorne sur les Champs-Élysées. Elle le fera.
Polytechnique, puis le MIT pour la quatrième année. Elle décrit le campus américain avec une métaphore : « essayer de boire depuis un tuyau de pompier ». Tout est intense, les cours comme la vie autour.
Prestige et sécurité : la boussole d’une bonne élève
Après le MIT, aucune pause. « J’avais la peur de décrocher, de sortir de ces rails où on rentre en maternelle. » Elle enchaîne directement à la Banque mondiale, avec une règle : ne jamais lâcher une branche avant d’en avoir attrapé une autre.
Le fil conducteur, c’est la finance, découverte en partie grâce à son père, lui-même passé par une banque d’investissement. Pour elle, c’est « une manière d’appréhender le monde, de comprendre comment il fonctionne ». La Banque mondiale l’attire parce que c’est « une finance gentille » : une banque de développement qui aide les pays émergents. À 25 ans, elle travaille sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, voyage, rencontre des ministres. Viennent ensuite la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) à Londres, puis le secteur privé avec AXA.
Avec le recul, elle nomme ses vrais critères :
« Tous ces postes, je les ai choisis pour des critères de prestige et de sécurité. Il fallait que ce soit des grandes institutions renommées, et je pense que ça me rassurait beaucoup. »
Les entrepreneurs ? « Je me disais : c’est pas pour moi, je vois pas comment je pourrais rentrer là-dedans. »
Des choix très calculés, selon les critères des autres
Nicolas lui demande si elle a été spectatrice de sa propre carrière. Elle nuance : ses choix étaient au contraire « très calculés », mais « selon des critères qui n’étaient pas vraiment les miens, sans m’en rendre compte ».
À la sortie du MIT, elle ressent ce qu’elle appelle le vertige des possibilités : on lui a toujours dit qu’elle pouvait tout faire, donc elle ne sait pas quoi faire, et a peur de faire le mauvais choix. Avant de rejoindre AXA, elle interroge une vingtaine de personnes pour vérifier que c’est le bon poste.
Sa méthode est simple : elle ouvre l’annuaire des anciens de Polytechnique et contacte tous ceux qui travaillent chez AXA. Elle en tire un conseil valable pour n’importe quel porteur de projet :
« S’il y a un conseil que je donnerais à quelqu’un qui cherche son chemin, c’est de ne pas avoir peur de contacter les gens, parce que tout le monde est tellement content d’aider. »
Pas d’annuaire d’école ? LinkedIn fait très bien l’affaire, rappelle Nicolas, qui a rarement essuyé un refus.
L’intrapreneuriat, puis le corps qui dit stop
Chez AXA France, son dernier poste consiste à monter une IA factory, juste avant l’explosion de ChatGPT. Une équipe « incroyable », une énergie folle. Une collègue lui demande un jour : « Est-ce que tu as déjà envisagé de monter ta start-up ? » La question la surprend, mais elle la garde en tête. Sans le savoir, elle fait déjà de l’intrapreneuriat, et découvre « la confiance qui vient avec l’action et les résultats ».
« Au bout d’un moment, j’ai pédalé de plus en plus fort, de plus en plus vite, et un jour mon corps m’a dit stop. »
Arrêtée, elle est forcée de faire le point. Et la première question qui surgit n’est pas « que vais-je faire de ma vie ? », mais « si demain je quitte AXA, qu’est-ce qui se passe ? ».
Le déclic : regarder ses chiffres en face
Payée dès Polytechnique, puis salariée sans interruption, Santolina ne s’est jamais vraiment posé la question de ses finances. Élevée dans la frugalité, elle dépense peu, et son argent s’accumule sur un compte courant. Elle identifie trois blocages :
- La procrastination. « Je m’en occuperai demain, quand j’aurai le temps. »
- Une croyance inconsciente. « L’argent qui travaille et qui génère de l’argent, c’est un peu de la triche. Le vrai argent, c’est celui que je gagne avec la sueur de mon front. »
- Le manque de formation. « On ne l’apprend pas à l’école. Je ne savais pas par quel bout commencer. »
Après 11 ans de travail, elle fait enfin un état des lieux détaillé. Le verdict tombe dans les deux sens. Mauvaise nouvelle : elle estime avoir perdu environ un million d’euros à long terme en ne faisant rien de son argent. Bonne nouvelle : elle peut se payer une année sabbatique.
«Finalement, une année sabbatique, c’est quoi ? C’est savoir combien ça coûte, une année de vie, et vérifier qu’on a l’argent pour ça. »
Nicolas partage la même logique : il garde toujours une année de vie d’avance. Depuis, « l’argent n’est plus un sujet » et le travail n’est plus une contrainte.
La cordonnière mal chaussée
L’ironie n’échappe à personne : une spécialiste de l’investissement qui ne place pas son propre argent. Étudiante, elle avait déjà lu un livre qui expliquait tout. « Il n’y a plus qu’à. Évidemment, j’ai rien fait. » À 30 ans, elle prend rendez-vous avec un banquier « en costume-cravate, bien intimidant, avec son bureau énorme ». Elle ne comprend pas les produits présentés, n’ose pas poser de questions et ressort « trop honteuse ».
Après le burn-out, elle refait les comptes : un produit avec 2 % de frais sur versement, investi sur des fonds en euros peu performants, lui a coûté 16 300 euros en coût d’opportunité. « J’avais fait toutes les erreurs : procrastiner, verser sur un produit pourri, aller voir des conseillers et puis rien faire. »
Ce qui l’a secouée, c’est un calcul simple, qu’elle partage dans l’épisode :
- Investir 500 euros par mois dès 25 ans, à 8 % par an (« le rendement historique du marché des actions dans son ensemble à long terme », selon elle) : environ 1,7 million d’euros 40 ans plus tard.
- Commencer 10 ans plus tard, avec le même effort mensuel : environ 700 000 euros.
- Laisser l’argent sur un compte courant avec 3 % d’inflation : il perd de la valeur chaque année.
« Je peux continuer à être bloquée par cette honte, ou me prendre en main maintenant. Parce que si je reste bloquée, dans un an je n’aurai rien changé. Ce sera peut-être plus tard que ce que j’aurais dû faire il y a dix ans, mais ce sera toujours mieux que d’attendre encore un an. »
Comment elle a trouvé son activité
L’année de pause commence par de la survie : écrire, lire, écouter des podcasts, se faire accompagner. Puis elle teste. Le tutorat ne lui convient pas. Devenir professeure de West Coast Swing non plus. Pendant ce temps, elle répète à tous ses amis qu’il faut gérer ses finances et investir tôt. Certains lui demandent de les accompagner. Deux semaines après une séance, une amie lui dit : « Ton coaching m’a transformé la vie. »
Elle remarque aussi un signal intérieur : « Je pouvais parler finance perso toute la journée, ça me coûtait zéro, et je sentais que ça me donnait de l’énergie. »
Sa vision se précise : construire une méthode reproductible et un accompagnement en ligne, pour aider beaucoup de personnes plutôt que de faire uniquement du sur-mesure.
Les préceptes de Santolina
- Mettre la charrue avant les bœufs. Passer à l’action le plus tôt possible, aider sans se faire payer, tester : « c’est comme ça qu’on se rend compte de ce qui nous fait vibrer et de ce qui aide vraiment les gens ».
- Investir d’abord sur soi. Une formation à 2 000 dollars pour créer son entreprise lui a semblé énorme. « En quelques mois, c’était récupéré », parce qu’elle lui a donné la confiance d’accompagner, puis de monter ses tarifs.
- Les idées ne valent pas grand-chose. « Ce qui compte, c’est l’implémentation. Et pour l’implémentation, ce qui fait la différence, c’est le cœur. »
- Contacter les gens sans peur. Tout le monde aime aider et raconter son parcours.
- Faire simple. Micro-entreprise d’abord, « parce qu’on m’avait demandé une facture très vite », puis changement de statut au passage des seuils.
- Maximiser sa liberté. « Je ne suis pas là pour maximiser le rendement, je suis là pour maximiser ma liberté. »
Le West Coast Swing, une école d’entrepreneuriat
C’est par la danse que Santolina a été présentée à Nicolas. Avant, ses loisirs étaient le piano et le karaté : la discipline et la recherche de la perfection, avec une forme très définie. Le West Coast Swing lui apprend l’inverse.
« Quand je fais des compétitions, tu ne connais pas ton partenaire, tu ne connais pas la musique, et c’est parti devant des milliers de personnes. »
Très cérébrale, elle vivait « dans l’anticipation, le futur et le contrôle ». La danse l’oblige à respirer, à revenir dans le corps et dans le présent. Nicolas fait le parallèle avec la vente : on ne connaît pas son client, il faut pourtant « danser avec lui » et parler sa langue, sans l’écraser de jargon. Santolina complète : quand on noie un client sous les termes techniques, on essaie de contrôler l’interaction. Ce qui a changé pour elle, c’est de passer du contrôle à la curiosité.
Sa formule anti-rumination : « Problème pour demain. » Quand elle se surprend à anticiper 25 scénarios, elle les range là. « En général, ils n’arrivent pas. »
Finances personnelles : ce qu’elle aimerait que tout le monde sache
Les propos ci-dessous sont ceux de l’invitée et ne constituent pas un conseil en investissement personnalisé. Investir en actions comporte un risque de perte en capital.
- Faire l’état des lieux. Savoir ce qu’on possède et combien coûte une année de vie.
- Raisonner long terme. Les 8 % évoqués sont une moyenne sur des périodes d’au moins 10 ans, pas une garantie : « Si quelqu’un te dit 8 % garantis, c’est clairement une arnaque. »
- Acheter le marché plutôt que des actions une par une. Les fonds indiciels (ETF) répliquent un indice entier comme le CAC 40, le S&P 500 ou le MSCI World. « En un clic, tu achètes le marché en entier. » Ils peuvent notamment être logés dans un PEA.
- Se méfier des frais. Selon elle, le banquier « n’est pas là pour te conseiller » : la banque vend ses propres produits, souvent chargés en frais. Des acteurs en ligne proposent des produits à frais faibles.
- Commencer maintenant. Chaque année d’attente coûte cher.
Ce que son parcours dit aux porteurs de projet et aux salariés
Vous êtes salarié et vous rêvez de vous lancer ? Commencez par la question que Santolina s’est posée pendant son arrêt : « Si demain je quitte mon poste, qu’est-ce qui se passe ? » Tant que la réponse reste floue, la peur décide à votre place. Calculer ce que coûte une année de vie transforme un saut dans le vide en décision chiffrée.
Regardez vos critères de choix. Prestige, sécurité, fierté des parents : ce ne sont pas de mauvais critères, mais ce sont rarement les vôtres. Un indice qu’elle cite : en regardant les postes de ses managers, elle se disait qu’elle n’avait pas envie de les occuper.
Vous portez un projet ? Ne l’enfermez pas dans un tiroir en attendant qu’il soit parfait. Parlez-en, proposez-le gratuitement à quelques personnes, observez ce qui les aide vraiment et ce qui vous donne de l’énergie. Le tutorat et les cours de danse n’ont pas fonctionné pour Santolina ; c’est en les testant qu’elle l’a su.
Faites-vous accompagner. Une bonne formation, un mentor, un ancien qui a déjà fait le chemin : « ça permet de gagner un temps fou, et c’est beaucoup plus fun que si on essaie de faire les choses tout seul ».
Vous êtes déjà entrepreneur ? Posez-vous la question de ce que vous optimisez. Santolina a choisi : la liberté avant le rendement, et la simplicité dans la gestion de son entreprise. Nicolas rappelle le témoignage de Gaëtan, autre invité de Renacast, qui a créé son entreprise pour gérer son temps et passer ses après-midi en forêt avec son chien, « pas derrière un bureau à courir après l’argent ».
Et si vous avez honte d’avoir tardé ? C’est peut-être le message le plus fort de l’épisode : commencer plus tard que prévu sera toujours mieux que d’attendre encore un an.
Le livre de chevet de Santolina
Comme chaque invité de Renacast, Santolina a ajouté un livre à la bibliothèque du podcast : La Semaine de 4 heures de Tim Ferriss. Lu quand elle était étudiante, relu il y a quelques années, « il m’a vraiment changé ma perspective sur le monde ».
Si elle pouvait monter dans la DeLorean
Dernière question rituelle : que dirait-elle à la petite fille qui regardait la Bourse à la télé avec son père ?
« Tu n’as pas besoin d’être parfaite. Tu as le droit de faire des erreurs. Et tu peux changer d’avis. »
FAQ
Qui est Santolina Savannet ? Une ancienne polytechnicienne passée par le MIT, la Banque mondiale, la BERD et AXA, devenue entrepreneure. Elle accompagne des personnes qui ont réussi dans la gestion de leurs finances personnelles et dans leurs choix de vie.
Pourquoi Santolina Savannet a-t-elle quitté le salariat ? Un burn-out l’a forcée à s’arrêter après 11 ans de carrière. En faisant le point sur ses finances, elle a compris qu’elle pouvait s’offrir une année pour se reconstruire, puis a découvert sa vocation en aidant ses amis.
Quelle erreur financière Santolina Savannet a-t-elle faite ? Elle a laissé son argent dormir sur un compte courant pendant des années et placé une partie sur un produit chargé en frais. Elle estime ce coût d’opportunité à 16 300 euros sur ce placement, et à environ un million d’euros à long terme.
Quel conseil donne-t-elle pour se lancer en entrepreneuriat ? Mettre la charrue avant les bœufs : passer à l’action tôt, aider gratuitement pour tester, investir d’abord sur soi avec une bonne formation, et ne pas avoir peur de contacter des gens qui ont déjà fait le chemin.
Quel livre recommande Santolina Savannet ? La Semaine de 4 heures de Tim Ferriss, qui a changé sa perspective sur le monde.
Écouter l’épisode
- Retrouver Santolina : LinkedIn et son site santolinas.com, où elle propose des guides offerts
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